Those who do not believe in magic will never find it

Morwenna a 15 ans, et vient de perdre sa soeur jumelle dans un accident. Meurtrie tant psychologiquement que physiquement (une de ses jambes ne fonctionne plus correctement), elle décide de fuir sa mère, folle et maléfique. Elle fait alors la connaissance de son père, qu’elle n’a jamais vu jusqu’ici. Daniel vit dans un manoir avec ses trois demi-soeurs qui lui assurent confort matériel et salaire, un moyen pour elles aussi d’imposer leur autorité. C’est ainsi que sur leur volonté, Morwenna intègre l’école privée d’Arlinghurst. Avec sa canne, son accent gallois et son goût pour la lecture, elle a bien du mal à se fondre dans le décor. Mais peu importe, car notre héroïne préfère la compagnie de ses livres, et celle des fées. Ca ne l’empêche pas de se sentir parfois seule et d’avoir envie de se trouver un « karass » (en référence à un roman de K. Vonnegut), c’est-à-dire « un groupe de gens qui sont authentiquement interconnectés ».

Morwenna (Among others, en vo) est un roman magnifique qui m’a fait une très forte impression. Je pense que comme les fées qui accompagnent l’héroïne, il restera longtemps à mes côtés. Ecrit sous la forme d’un journal intime, il endosse les traits du roman d’apprentissage, tout en appartenant à la fantasy. Il est aussi une ode à la lecture. Morwenna s’échappe dans les romans qu’elle dévore les uns après les autres. Les livres font ses journées, et elle ne respire qu’en lisant. Ils l’aident à supporter les douleurs du quotidien. Mais ils vont également être ceux qui lui permettront de s’ouvrir aux autres, et de faire notamment la connaissance de son père et de son grand-père paternel, de très grands lecteurs eux aussi.

Tout comme les livres et la lecture (et les gâteaux !), la magie fait elle aussi partie intégrante du récit. Elle coule dans les veines de notre héroïne, et apparaît comme étant aussi inquiétante que salvatrice. Les fils qu’elles tissent sont indécelables, et comme le rappelle souvent Morwenna, il est impossible de savoir où elle commence et où elle s’arrête ; si elle a seulement agi sur les évènements ou les a créés de toutes pièces.

Ce roman indéfinissable ne plaira pas qu’aux amoureux de fantasy et de science-fiction, genres auxquels il rend un hommage émouvant. Pas besoin cependant d’être un (grand) amateur du genre pour pouvoir apprécier sa lecture (je suis vraiment novice en la matière – mais ai désormais grandement envie d’y remédier), même si je pense qu’avoir une connaissance des titres et des auteurs cités accroit sans doute le plaisir de lecture.

La plume de Jo Walton fait transparaître avec habileté l’intelligence, les sentiments, ainsi que la nature complexe et fascinante de son héroïne et du monde dans lequel elle évolue. C’est un livre qui nous habite. Et qui nous touche. Quand on le referme, il nous laisse une impression de manque. Et on voudrait que Morwenna ne cesse jamais de nous écrire.

-Emy

Morwenna, Jo Walton, Denoël, 334 p.

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A tree grows in Brooklyn

Il y a des livres qui vous marquent dans votre vie de lectrice, et A tree grows in Brooklyn en fait indéniablement partie. Alors qu’il est peu connu chez nous (il a récemment été réédité), il fait partie des classiques modernes aux Etats-Unis. Et après m’y être plongée, je peux vous dire que cela n’a absolument rien de surprenant.

Roman d’apprentissage dont l’action se déroule dans le New York du début du 20ème siècle, il dresse le portrait de Francie Nolan, notre jeune héroïne, ainsi que celui de sa famille. Sur environ deux décennies, Betty Smith nous raconte le quotidien plutôt rude des Nolan. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, elle dépeint avec honnêteté une fresque familiale des plus poignantes.

« People always think that happiness is a faraway thing » thought Francie, « something complicated and hard to get. Yet, what little things can make it up ; a place of shelter when it rains – a cup of strong hot coffee when you’re blue ; for a man, a cigarette for contentment ; a book to read when you’re alone – just to be with someone you love. Those things make happiness. »

Toute la force de ce roman réside dans ses personnages féminins qui figurent désormais sur la liste des personnages les plus beaux que j’ai eu la chance de rencontrer sur papier. Ils sont bouleversants, tellement humains et forts. Croyez-moi, vous ne sortirez pas indemnes d’avoir fait leur connaissance.

A tree grows in Brooklyn est un roman merveilleux qui parle de la vie dans ce qu’elle a de plus beau et de plus éprouvant. L’auteur aborde des thèmes universels tels que l’éducation, occupant une place centrale ici, la famille, la filiation et les racines, en passant par des thèmes plus difficiles comme la pauvreté ou l’alcoolisme. Il s’agit d’un roman unique et finalement assez optimiste. Il nous enseigne de la plus belle façon qui soit que notre avenir nous appartient et que la fatalité n’est certainement pas une fin en soi.

« Who wants to die? Everything struggles to live. Look at that tree growing up there out of that grating. It gets no sun, and water only when it rains. It’s growing out of sour earth. And it’s strong because its hard struggle to live is making it strong. My children will be strong that way. »

Je vous ai glissé quelques passages parmi mes préférés (il y en a tant !), vous pourrez ainsi vous faire une idée du style à la fois fluide et poétique de Betty Smith. Ce roman est pour moi un chef d’oeuvre que je relirai sans aucun doute, avec la certitude d’en retirer à chaque fois davantage.

« She was made up of more, too. She was the books she read in the library. She was the flower in the brown bowl. Part of her life was made from the tree growing rankly in the yard. She was the bitter quarrels she had with her brother whom she loved dearly. She was Katie’s secret, despairing weeping. She was the shame of her father stumbling home drunk. She was all of these things and of something more… It was what God or whatever is His equivalent puts into each soul that is given life – the one different thing such as that which makes no two fingerprints on the face of the earth alike. »

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Comme je le disais un peu plus haut, le roman a été réédité récemment chez Belfond sous le titre Le lys de Brooklyn. Cliquez pour plus d’informations. L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ? J’ai vu qu’il existait une adaptation. En vaut-elle le détour ?

-Emy

 A tree grows in Brooklyn, Betty Smith, Arrow books, 487 p.