Un dîner avec Cary Grant

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J’ai reçu ce roman au printemps dernier (encore merci à Emjy), et je n’ai pas attendu bien longtemps avant de le découvrir tellement il me tentait. Aujourd’hui, vous avez enfin mon billet !

Un dîner avec Cary Grant est le premier des deux tomes que comptera l’histoire racontée par Malika Ferdjoukh, et il se concentre sur Jocelyn, un jeune français débarquant à New York au lendemain de la seconde guerre mondiale pour y étudier la musique. Il arrive à la pension Giboulée où il se rend compte qu’il y a eu un malentendu en raison de la mixité de son prénom. En effet, la pension n’accueille que des pensionnaires féminines ! Mais grâce à son talent de pianiste et quelques bienheureuses coïncidences, Jocelyn va pouvoir y rester et occuper le sous-sol de la maison. Il fait alors la connaissance des jeunes filles logeant à la pension Giboulée: Chic, Dido, Manhattan et Hadley. Aspirant toutes à danser ou jouer sous les feux de Broadway, elles insufflent au roman toute la vie dont il est fait grâce à leurs personnalités et leurs vies palpitantes. Vous vous attacherez à chacune d’entre elles, à leurs secrets et leurs aspirations… Mais Jocelyn n’est pas en reste non plus ! C’est un jeune homme extrêmement charmant et courageux qui essaie tant bien que mal de s’adapter à sa nouvelle vie. Il apprend à connaître les coutumes américaines, et à s’intégrer dans ce nouveau milieu qui le fascine autant qu’il l’intimide. Cela donne lui à quelques scènes assez drôles et cocasses !

J’ai adoré me balader dans le New York de l’époque, frénétique, bohème et transpirant de créativité. Cette effervescence artistique crée un monde d’infinies possibilités, où chaque destin peut basculer grâce à quelques notes de piano bien envoyées ou quelques pas de claquettes innovés. Le style de Malika Ferdjoukh est coloré et décalé, à l’image de ce à quoi elle nous avait habitués jusqu’ici. Tout ce que j’aime ! Broadway Limited est un bon gros pavé tout doux qui vous donnera le sourire ; il vous fera également voyager et rêver. C’est drôle, émouvant, mignon, romantique aussi, et merveilleusement bien écrit. Tout ce que la littérature jeunesse a de meilleur à offrir, un vrai coup de coeur. J’attends le deuxième volet avec grande impatience !

-Emy

Broadway Limited – Un dîner avec Cary Grant, Malika Ferdjoukh, L’école des loisirs, 583 p.

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Un roman anglais

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1917, quelque part dans la campagne anglaise. Anna Whig, bourgeoise lettrée, mère d’un petit garçon de deux ans, Jack, persuade son mari Edward d’embaucher par courrier pour sa garde d’enfant une certaine George (comme George Eliot, pense-t-elle). Le jour où elle va chercher George à la gare, elle découvre qu’il s’agit d’un homme. Celui-ci va faire preuve d’un réel instinct maternel à l’égard de l’enfant, et finira pas susciter la jalousie d’Edward, qui pressent l’amour naissant entre George et Anna.

Avec une grande subtilité, Stéphanie Hochet dresse le portrait d’une héroïne en proie aux questionnements de son existence, de sa place dans la société en pleine mutation, mais surtout au sein de sa famille. Anna laisse libre court à ses pensées qu’elle nous livre sans censure aucune, nous prenant à témoin de son mal-être et de son sentiment d’inadéquation. Elle parle de ses inquiétudes, de la guerre, et des changements que cette dernière a engendré. Elle évoque sa famille, son éducation. Elle parle de ses doutes concernant la maternité, sans pour autant remettre en question l’amour qu’elle porte à son fils. Surtout, elle évoque la façon dont l’arrivée de George a modifié la dynamique familiale.

Un roman anglais n’est pas une histoire d’amour comme le résumé du livre pourrait nous le faire entendre. Il s’agit davantage de mots échappés de la plume d’une femme face à l’absurdité du monde qui l’entoure et des freins que ce dernier a posé à sa liberté. C’est un roman qui transpire la féminité et qui pose délicatement le doigt sur la violence des sentiments inexprimés, réprimés même, et enfouis sous la glace, seul moyen de faire face à leur inquiétante intensité. A force de vivre dans un monde où rien ne doit être dérangé et où il vaut toujours mieux fermer les yeux, comment faire changer une réalité qui ne nous correspond plus ? L’arrivée de George au sein de la famille est l’évènement déclencheur du processus de réflexion d’Anna, tout comme son départ provoque en elle le besoin irrépressible d’agir. Mais la liberté absolue n’est-elle pas un mirage ?

Si Un roman anglais se place dans le contexte de la Grande Guerre et de ses champs de ruines, faisant parfaitement écho à l’esprit tourmenté d’Anna, les questions qu’il soulève restent quant à elles toujours pertinentes aujourd’hui. En bref, un roman court et intense enveloppé d’une plume délicate et intime évoquant l’émancipation féminine de façon aussi honnête que tragique.

Le roman serait en partie inspiré de la vie de Virginia Woolf. N’ayant que très peu de connaissances relatives à l’auteur et son oeuvre, je ne peux pas dire dans quelle mesure le roman lui rend hommage. Ce qui est sûr, c’est qu’il correspond à l’idée que je me fais de ses écrits dont la lecture me tente d’autant plus.

-Emy

Un roman anglais, Stéphanie Hochet, Rivages, 170 p.

Premier jour/Première nuit

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C’est l’été (même s’il est bientôt terminé), c’est le temps des voyages et de l’évasion. Pour ceux qui ne sont pas partis et qui auraient envie de s’échapper par l’imagination, le diptyque Le premier jour et La première nuit de Marc Levy est fait pour vous !

Dans ces deux romans, nous suivons les aventures d’Adrien, astrophysicien et de Keira, archéologue. L’un est en quête de l’heure zéro de l’Univers, l’autre recherche l’homme qui engendra l’humanité. Par la force des choses, ils vont se retrouver et un pendentif va les emmener au coeur d’un périple tourbillonnant fait d’escales à travers le monde. Ce fragment les aidera-t-il à trouver ce dont ils aspirent depuis des années ? L’aventure n’est pas sans dangers et la quête de nos héros sera semée d’embûches. Car il semblerait que ce qu’ils sont sur le point de dévoiler pourrait avoir des répercussions majeures sur notre façon d’appréhender notre existence, et la vie telle que nous l’avons perçue jusqu’alors. Certaines personnes sont bien décidées à les empêcher d’en savoir davantage.

Entre Paris, Londres, Amsterdam, la Grèce, la Russie, la Chine, l’Ecosse ou encore l’Ethiopie, l’auteur nous trimballe dans une course folle qui ne connait aucun temps mort, et qui nourrira sans aucun doute le lecteur en quête d’aventures. J’ai trouvé que l’atmosphère propre aux différents lieux visités par nos personnages principaux était particulièrement bien retranscrite, et l’auteur parvient à faire défiler devant nos yeux des paysages aux antipodes les uns des autres. Il arrive presque à nous donner l’impression d’être aux côtés de Keira et d’Adrien, même si dans certains cas, nous sommes bien heureux de n’y prendre part uniquement grâce à notre imagination. Je pense plus particulièrement à une scène d’ascension de montagne pendant laquelle j’ai retenu mon souffle !

La réflexion amenée par l’auteur sur l’origine de la vie est elle aussi assez intéressante, même si je l’ai trouvée inaboutie. Plusieurs éléments de l’intrigue restent non résolus ou sans explication, et je dois avouer que ça a suscité une pointe de déception lorsque j’ai tourné la page finale. Le rythme effréné de narration met en place une tension à laquelle la fin ne rend pas totalement justice. J’aurais aussi aimé en savoir davantage sur certains personnages. Mais je pense que je dois remettre ça sur la fameuse éternelle insatisfaction du lecteur qui ne peut que frapper devant une intrigue de cette envergure.

Keira et Adrien sont des personnages auxquels on s’attache rapidement. Ils sont passionnés par leurs métiers et l’envie d’apporter leur contribution dans leurs disciplines respectives va bien au-delà de leur volonté de se distinguer et de flatter leur ego. Leur histoire d’amour est touchante, mais ne prend pas le pas sur l’intrigue principale. Certes, elle est au coeur de certaines de leurs décisions, mais les quelques passages un peu mièvres (je dois avouer que l’interpellation à la 2ème personne ne m’a pas beaucoup émue) sont rapidement éclipsés par l’étape suivante de leur quête. 

Certes, il y a des facilités et des coïncidences qui nous font souvent sourire, mais Marc Levy reste un conteur hors-pair. Si vous souhaitez vous plonger dans un bon pavé qui vous emporte dans une aventure unique et passionnante pour épicer un peu votre quotidien en cette fin d’été, foncez sans hésiter.

-Emy

PS: Merci à ma darling pour cette belle découverte !

Le premier jour et La première nuit, Marc Levy, Pocket, 494 p. et 487 p.

Mon édition est une intégrale des deux tomes (864 p.)

Axolot – Patrick Baud

Axolot, la bande-dessinée écrite par Patrick Baud et illustrée par une dizaine de dessinateurs est un objet que tout amateur d’histoires extraordinaires et d’anecdotes cocasses se doit d’avoir dans sa bibliothèque ! Pour ma part, c’est ma chère amie Axelle qui me l’a prêtée, mais je peux vous assurer qu’elle rejoindra mes étagères dès que l’occasion se présentera. Axolot, ce n’est pas seulement une bande-dessinée. A la base, c’est d’abord un blog et une chaîne Youtube, tous deux de grande qualité et sur lesquels je vous recommande vivement d’aller faire un tour. Un livre que je n’ai pas encore découvert a également été publié. Inutile de dire que je suis désormais très tentée ! Mais revenons à ce qui nous intéresse aujourd’hui, la bande-dessinée.

Ce cabinet de curiosités aussi original qu’intéressant est découpé en plusieurs parties. Il y a d’abord les petites histoires racontées en mini bandes-dessinées s’étalant sur plusieurs pages, avec parfois une note conclusive apportant des éléments supplémentaires à l’histoire. Le fait qu’une dizaine d’illustrateurs aient participé à sa réalisation lui donne un côté délicieusement éclectique. Vous y trouverez également beaucoup d’humour, souvent noir (et macabre, aussi), mais bien dosé. Le genre humain y est souvent tourné en dérision, et c’est assez savoureux !

Entre ces histoires, viennent s’insérer quatre rubriques aux sujets plus spécifiques : Bestiaire extraordinaire, 10 façons dont votre esprit vous manipule , 5 arbres hors du commun et enfin Cabinet de curiosités. Celles-ci regroupent différentes anecdotes, illustrées pour certaines, mais surtout racontées de façon plus concise que les précédentes. J’ai vraiment adoré ces quatre rubriques qui, combinées au reste font de cette bande-dessinée un objet unique. On pourrait craindre un ensemble décousu, mais ce n’est absolument pas le cas. Tout est cohérent, fluide et extrêmement singulier, signe que ce cabinet de curiosités vaut définitivement le détour ! De plus, vous y resterez un bon moment, car la bande-dessinée est assez copieuse, et il y a de quoi passer quelques heures à s’étonner en bonne compagnie.

C’est d’ailleurs typiquement le genre d’ouvrage à offrir et à partager. Avec son esthétique des plus réussies, et son contenu dense et captivant, il ne manquera pas de séduire tous ceux qui lui donneront sa chance.

 -Emy

Charlotte

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Il y a plusieurs semaines que j’ai refermé Charlotte, et je peux vous dire qu’il me hante toujours aujourd’hui. C’est un roman que je suis certaine de relire un jour, et pour tout vous avouer, j’ai déjà envie de le relire là, maintenant, tout de suite.

Découpé en huit parties, le roman retrace la vie de Charlotte Salomon, peintre juive allemande. Nous la suivons depuis son enfance jusqu’à sa mort, exécutée à l’âge de 26 ans, alors qu’elle était enceinte. Charlotte grandit dans le milieu intellectuel et artistique berlinois. Tout en faisant face à un passé familial assez morbide, elle découvre sa passion pour l’art et entre à l’Académie des Beaux-Arts. S’ensuit la fuite en France au début des années 40. C’est là qu’elle réalisera son oeuvre autobiographique Leben ? oder Theater ? Le climat de l’époque baigne le récit, mais il ne prend jamais le pas sur la voix de l’héroïne. Nous vivons l’histoire à travers ses yeux, ce qui est d’autant plus bouleversant.

Mais Charlotte n’est pas uniquement un récit de vie. C’est aussi le récit d’un écrivain aux prises d’un sujet qui le fascine et qu’il a du mal à appréhender. Les paragraphes racontant l’histoire de Charlotte se succèdent et s’entrelacent aux anecdotes et confidences de l’écrivain sur le chemin qui l’a mené à écrire ce roman. Un peu à la façon de notes de bas de pages qui seraient intégrées au récit. Il explique sa connexion avec son héroïne, comment ce style bien particulier de rédaction s’est imposé à lui et les recherches qu’il a menées.

C’est passionnant, bouleversant et très juste. Je vous le recommande chaudement.

-Emy

Charlotte, David Foenkinos, Gallimard, 221 p.